Quelles épices agissent sur notre système endocannabinoïde ?

épices agissent sur notre système endocannabinoïde

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Nos ancêtres utilisaient beaucoup les épices, notamment en cuisine pour donner de la saveur aux plats, en médecines pour leurs vertus, ainsi que pour la teinture des tissus.  Dans l’Antiquité, ces denrées très précieuses faisaient l’objet d’un commerce le long des routes des épices très fréquentées en Asie, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Europe, et certaines épices valaient littéralement leur pesant d’or.

Pourtant, ce n’est que récemment que les scientifiques ont découvert les constituants bioactifs et les mécanismes moléculaires de plusieurs épices. En outre, elles  réduisent le stress oxydatif et l’inflammation tout en modulant simultanément plusieurs voies de guérison. Or, il est surprenant de constater que les vertus des épices pour la santé sont transmises par les mêmes récepteurs du cerveau et du corps humain qui réagissent avec le cannabis, à l’image du CBD. Nous verrons dans cet articles les principales vertues des  épices les plus connues, dont les bénéfices pour la santé sont validées scientifiquement 

SAFRAN : Antidépresseur reconnu

Décrite comme l’herbe cultivée la plus chère au monde, le safran (Crocus sativus) est un assaisonnement alimentaire très apprécié et un colorant naturel. Cultivé à l’origine en Perse et en Asie Mineure, cette épice légendaire provient d’une fleur violet clair avec des stigmates rouge-orange en forme de fil qui contient 150 composants bioactifs, dont des caroténoïdes, des flavonoïdes et d’autres polyphénols puissants. Riche en riboflavine (vitamine B-2) et en capteurs de radicaux libres, le safran est utilisé depuis longtemps comme médicament populaire pour traiter le cancer, la dépression, les convulsions, les maux de tête, les problèmes de peau, l’asthme, les ulcères, la détresse prémenstruelle et d’autres maladies. D’ailleurs, le papyrus Ebers (1550 av. J.-C.) parle du safran comme “d’un médicament pour le coeur” et d’un remède pour les problèmes rénaux.

Des études scientifiques indiquent que le safran améliore l’apprentissage et la mémoire en inhibant la dégradation de l’acétylcholine. Le safran améliore également le fonctionnement du récepteur GABA, ce qui explique en partie son efficacité en tant que relaxant et tonique nerveux. Des essais cliniques ont évalué les propriétés antidépressives du safran et ont conclu qu’il était plus efficace qu’un placebo et équivalent au Prozac.

Un rapport publié en 2013 par des scientifiques iraniens dans Pharmacognosy Review a examiné les effets neuroprotecteurs des extraits de safran. Ils ont remarqué que le safran inhibe l’accumulation de la plaque bêta-amyloïde chez des animaux ayant l’équivalent de la maladie d’Alzheimer. Ces mêmes chercheurs ont noté que les extraits de safran pouvaient “prévenir les dommages rétiniens [et] la dégénérescence maculaire liée à l’âge”. Une équipe de recherche australienne a précédemment montré que le safran peut contrecarrer les effets d’une exposition continue à une lumière vive chez les rats de laboratoire en améliorant le flux sanguin de la rétine. Le safran “engage” à la fois le récepteur cannabinoïde CB1 et le récepteur cannabinoïde CB2 “afin d’offrir une protection de la rétine”, ont conclu les scientifiques australiens.

CURCUMA : Epice anti-inflammatoire aux multiples vertus

Le curcuma (Curcuma longa), une plante vivace de la famille du gingembre, est une herbe médicinale, une épice culinaire et un colorant pour les tissus et les aliments qui a fait ses preuves depuis 6 000 ans. Le rhizome charnu de cette plante est broyé en une poudre jaune orangé et utilisé pour assaisonner les plats. C’est un ingrédient important dans la plupart des currys commerciaux, ainsi qu’un élément de base de la médecine ayurvédique, qui utilise le curcuma (généralement en combinaison avec d’autres herbes) pour traiter l’indigestion, les infections de la gorge, les dysfonctionnements métaboliques, les rhumes courants et de nombreuses autres affections. Connu comme la poudre sacrée de l’Inde, le curcuma est également appliqué localement comme un remède antibactérien et antifongique pour les plaies de la peau et pour nettoyer les blessures.

A ce jour, plus de 5600 études sur le curcuma et son principal composant polyphénolique, la curcumine, ont été réalisées et font état de nombreuses propriétés curatives du de cette dernière. En outre, il existe plus de littérature scientifique basée sur des preuves (1500 articles scientifiques) soutenant l’utilisation de la curcumine contre le cancer que tout autre nutriment, y compris la vitamine D.

Tout comme le safran, la curcumine est un puissant antioxydant qui confère des effets neuroprotecteurs par le biais de multiples canaux moléculaires. Le curcuma protège contre les lésions cérébrales induites par l’alcool, améliore la sensibilité à l’insuline et la fonction cardiovasculaire, inhibe l’agrégation plaquettaire et facilite l’élimination de la plaque bêta-amyloïde associée à la démence d’Alzheimer. D’ailleurs, il convient de noter que la maladie d’Alzheimer et d’autres maladies neurodégénératives chez les personnes vivant dans le sous-continent asiatique, où le curcuma est omniprésent, est nettement plus faible qu’en Europe ou en Amérique du Nord.

La polyvalence du curcuma en tant que plante médicinale découle en partie de son interaction avec le système endocannabinoïde, qui régule de nombreux processus physiologiques. En mai 2012, la recherche neurochimique a identifié le récepteur cannabinoïde CB1 comme un médiateur de l’effet antidépresseur de la curcumine : “le traitement à la curcumine”, note le rapport, “entraîne une augmentation soutenue des endocannabinoïdes”. De plus, en décembre 2013, le Journal européen de pharmacologie a révélé que la curcumine réduit la fibrose hépatique en modulant la transmission des récepteurs cannabinoïdes.

Poivre noir

Utilisé depuis l’antiquité à la fois comme assaisonnement alimentaire et comme remède populaire, le poivre noir (Piper nigrum) est l’épice la plus commercialisée au monde. Qualifié d’’or noir”, le fruit séché de cette liane ligneuse – le grain de poivre – était considéré comme une denrée si précieuse qu’il servait de substitut à l’argent dans les transactions commerciales. Au Moyen Âge, en Europe, le poivre noir était un article de luxe que seuls les riches pouvaient s’offrir. Aujourd’hui, c’est l’une des épices les plus utilisées sur la planète.

Les multiples propriétés thérapeutiques du poivre noir ont été validées par la science moderne. L’huile essentielle du poivre noir réduit les envies de nicotine et soulage les symptômes de sevrage. Antispasmodique et anticonvulsif, il peut également abaisser la pression sanguine et soulager les troubles digestifs. Il a été démontré que la pipérine, principal constituant bioactif du poivre noir, inhibe la prolifération des cellules cancéreuses dans des modèles animaux d’ostéosarcome. 

En plus de la pipérine, le poivre noir contient de la vitamine K, du fer et du manganèse ainsi qu’une gamme de terpènes aromatiques : pinène, limonène, linalol, sabinène…. De surcroit, le poivre noir est particulièrement bien doté en bêta-caryophyllène sesquiterpène, un composant médicinal important pour de nombreuses variétés de cannabis. Le bêta-caryophyllène est le seul terpène connu qui se lie directement au CB2, le récepteur cannabinoïde qui régule la fonction immunitaire, le système nerveux périphérique, l’activité des tissus métaboliques et d’autres processus physiologiques.

NOIX DE MUSCADE : BOOSTER DE CANNABINOÏDES

La noix de muscade (l’amande séchée de Myristica fragrans) n’active pas directement le récepteur cannabinoïde CB1 dans le cerveau ni le récepteur cannabinoïde CB2 dans les cellules immunitaires. Mais cette épice de cuisine couramment utilisée peut avoir un impact puissant sur le système endocannabinoïde.

Une étude de 2016 en biologie pharmaceutique a rapporté que la noix de muscade interagit avec le système endocannabinoïde en inhibant certaines enzymes clés qui décomposent les deux principaux endocannabinoïdes, l’anandamide et le 2AG. Comme la marijuana, ces composés cannabinoïdes endogènes à courte durée de vie se lient aux récepteurs CB1 et CB2. Cela déclenche une cascade de signalisation au niveau cellulaire qui protège les neurones contre les agressions toxiques (stress) et favorise la neurogenèse (création de nouvelles cellules souches chez les mammifères adultes).

Deux enzymes cataboliques, l’amide hydrolase d’acide gras (FAAH) et la monoglycérol lipase (MAGL), sont impliquées dans la dégradation de l’anandamide et du 2AG, respectivement. En termes simples, moins de FAAH et de MAGL signifie plus d’anandamide et de 2AG. Ainsi, en inhibant ces enzymes cataboliques, la noix de muscade augmente le niveau d’anandamide et de 2AG dans le cerveau et stimule la signalisation des récepteurs cannabinoïdes dans tout l’organisme. L’inhibition de la FAAH et du MAGL s’est avérée bénéfique pour soulager la douleur, l’anxiété, l’hypertension et diverses conditions inflammatoires dans la recherche préclinique, ce qui donne du crédit aux utilisations médicales traditionnelles de la noix de muscade.

En Inde, les guérisseurs ayurvédiques utilisent la noix de muscade comme anxiolytique ou agent réducteur d’anxiété. Mais il existe des témoignages contradictoires sur les effets de la muscade sur l’anxiété et la dépression car des doses plus élevées provoquent une réaction biphasique, exacerbant les troubles de l’humeur et déclenchant des hallucinations. 

Conclusion

De nombreuses plantes – et pas seulement le cannabis – ont des composés qui interagissent directement ou indirectement avec le système endocannabinoïde et ont des effets bénéfiques sur la santé.  

Alors que le chanvre revient sur le devant de la scène et que ses vertus potentielles pour la santé font l’objet d’un nombre croissant d’études, cela ouvre de nouveaux champs de recherches sur le système endocannabinoïde, dont on commence seulement récemment à découvrir le fonctionnement et le rôle dans le corps humain. 

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